À propos du projet
Les intersections entre la réduction de l’empreinte environnementale/carbone et les transferts monétaires sont un thème largement inexploré et il existe actuellement un mélange d’hypothèses, de perspectives et de pratiques qui sous-tendent cette question. Alors que certains soutiennent que les interventions CVA sont un moyen pour les organisations d’atteindre leurs objectifs de décarbonisation (les excluant donc de leurs calculs), d’autres considèrent qu’il est essentiel d’inclure les transferts monétaires dans l’empreinte carbone de leur analyse, mais se heurtent à des obstacles méthodologiques pour l’estimation. Face à ces obstacles, diverses organisations ont développé des méthodologies pour estimer les émissions des transferts monétaires à l’aide de différentes approches.
Avec le soutien du Centre de crise et de soutien (CDCS) français et de la Coopération suisse au développement (SDC), le Climate Action Accelerator travaille sur une méthodologie et une approche communes pour estimer l’empreinte carbone des transferts monétaires. Le projet vise également à identifier si et où existent des leviers de décarbonisation sur lesquels les organisations humanitaires peuvent agir sur les différents types de CVA et à évaluer les possibilités potentielles de réduction des émissions.
L’objectif de ce travail n’est en aucun cas de prendre position sur l’opportunité ou la pertinence du développement des activités de transfert d’argent liquide et de bons d’achat, qui, conformément aux engagements du Grand Bargain, sont encouragées comme modalité par défaut pour les programmes d’aide, mais plutôt de mieux comprendre le profil carbone des transferts monétaires et les leviers de décarbonisation potentiels une fois que la décision a été prise de privilégier cette modalité d’aide aux groupes de population dans le besoin.
Un comité consultatif composé, entre autres, du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), de la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR), du Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC), d’Action contre la Faim (ACF), du WREC, du Programme alimentaire mondial (PAM) et du réseau CALP soutient ce processus.
Principales conclusions du projet
1. Les émissions liées aux transferts monétaires doivent faire l'objet d'un reporting
Le projet a conclu que les émissions des transferts monétaires devaient être calculées et intégrées au bilan carbone des organisations humanitaires selon une méthodologie comparable. Les transferts monétaires représentant en moyenne environ 20 % des financements humanitaires, leur exclusion ne permettrait pas de dresser un tableau fidèle des émissions totales d’une organisation.
2. Les émissions liées aux transferts monétaires doivent faire l'objet d'un reporting distinct
Les émissions des transferts monétaires doivent être rapportées séparément des autres émissions et exclues des références de base (baselines), des trajectoires de décarbonation et des rapports d’avancement des organisations. Ce traitement distinct reflète à la fois les limites inhérentes à la mesure des émissions des transferts monétaires et la quasi-absence de leviers de décarbonation actionnables — en particulier pour les transferts monétaires inconditionnels. Un reporting distinct permet d’éviter que les efforts de décarbonation des organisations portant sur des émissions avec des leviers actionnables ne soient dilués. Ce traitement reflète également la similarité conceptuelle entre les transferts monétaires et les transferts de revenus tels que les allocations sociales, ce qui plaide encore davantage en faveur d’un reporting distinct.
3. Les coupons (vouchers) et les transferts monétaires multi-usages doivent être traités de manière similaire, à l'exception des coupons carburant
Malgré la conditionnalité associée aux programmes de coupons, ces derniers doivent être rapportés dans la même catégorie que les distributions d’argent. Les données disponibles suggèrent que les coupons ne sont pas toujours utilisés aux fins prévues — ils peuvent par exemple être échangés contre de l’argent — ce qui introduit une incertitude significative dans la mesure des émissions. Les principes de simplicité et de cohérence renforcent par ailleurs l’argument en faveur d’une approche unifiée, étant donné que ces deux modalités sont fonctionnellement équivalentes. Des facteurs d’émission adaptés aux biens et services destinés à être achetés devraient néanmoins être appliqués. Les coupons carburant constituent une exception : leurs émissions sont directes, mesurables et couvertes par des facteurs d’émission établis, ce qui les rend comparables à d’autres dépenses énergétiques déjà prises en compte dans la référence de base.
4. Les leviers de décarbonation sont limités et leur impact est difficile à quantifier
Contrairement à l’aide en nature, les organisations disposent d’un contrôle direct limité sur la façon dont les transferts monétaires sont dépensés une fois remis aux bénéficiaires. Quatre catégories de leviers ont été identifiées — la conception du programme, le screening environnemental, la modalité de distribution et l’accès des bénéficiaires — mais leur impact global reste marginal, en particulier pour les transferts monétaires inconditionnels. Leur impact est également complexe à quantifier. Le potentiel est plus important pour certains programmes de coupons spécifiques (alimentation, énergie, par exemple) et pour les programmes de plus long terme, où la marge d’influence sur les résultats est plus grande. Tout levier activé doit respecter deux principes non négociables : il ne doit pas remettre en cause la pertinence des transferts monétaires en tant que modalité, et il ne doit imposer aucune charge supplémentaire aux bénéficiaires.
5. À l'avenir, une méthodologie de calcul simplifiée et commune à l'ensemble du secteur devrait être adoptée
Le secteur humanitaire devrait s’accorder sur une méthodologie unique et simplifiée pour estimer les émissions liées aux transferts monétaires, et l’appliquer de manière cohérente. Les approches coûteuses telles que le suivi post-distribution (PDM) ne sont accessibles qu’à un nombre limité d’organisations, et le Comité consultatif a conclu que le coût d’enquêtes approfondies n’est pas justifié au regard du peu de leviers de décarbonation disponibles. Conformément aux principes de simplicité, la méthodologie actuellement intégrée au Humanitarian Carbon Calculator + (HCC) — qui applique un facteur d’émission au montant total des transferts monétaires distribués — est proposée comme base d’un standard sectoriel. Des travaux complémentaires sont en cours pour affiner les facteurs d’émission sous-jacents et le panier de dépenses.
À l’avenir, et sous réserve des financements disponibles, des travaux complémentaires seront menés par le Climate Action Accelerator afin de finaliser la méthodologie de calcul utilisée dans le HCC+.
Lire le rapport
Élaboration d'une méthodologie de référence commune pour le suivi des émissions de carbone liées aux transferts monétaires (CVA) dans le secteur humanitaire
Rapport final
Lire ici (en anglais)
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Projets techniques dans le secteur de l’aide
Credits
Photo de couverture : Ahmed Akacha/Pexels