Aperçu de l’élaboration de la première feuille de route visant à réduire l’empreinte carbone d’une organisation.

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Par François Delfosse & Cédric Martin
09 février 2022

La première feuille de route élaborée par le Climate Action Accelerator

En décembre 2021, ALIMA a présenté sa feuille de route environnementale pour la réduction de l’empreinte carbone de ses activités. Cette feuille de route, la première à être élaborée par le Climate Action Accelerator avec une organisation de l’aide humanitaire, a permis aux équipes impliquées de développer une méthodologie de travail pour les organisations qui s’engageront dans le futur dans une démarche similaire. Elle montre également qu’une telle transition vers un fonctionnement bas carbone est possible.

Découvrez le travail réalisé pendant plusieurs mois avec Cédric Martin et François Delfosse, respectivement en charge du développement des feuilles de route et des solutions dans le cadre du travail réalisé avec ALIMA.

Le premier contact et la valeur ajoutée d'un partenariat

L’intégration d’ALIMA dans le processus défini par le Climate Action Accelerator a été facilitée par la sensibilisation de l’organisation humanitaire aux questions de climat et de réduction des émissions de carbone. Ce préalable a considérablement accéléré le processus et mis en évidence l’importance de comprendre et de s’approprier ces questions.

L’accent a été mis sur l’impact des activités de l’organisation plutôt que sur les conséquences du changement climatique sur l’action humanitaire. L’évolution de la mission sociale d’ALIMA a donc été respectée, intégrée et comprise. C’est sur les impacts climatiques et carbones de ses activités que la plupart des discussions se sont donc concentrées.

Le partenariat est un élément fondamental de l’approche du Climate Action Accelerator avec les organisations qui rejoignent l’initiative. Dans cet esprit, le partenariat entre ALIMA et le Climate Action Accelerator a créé une relation équilibrée, égalitaire  et d’échanges renforcés qui ont permis de faciliter le soutien mutuel et la motivation ; les défis et les obstacles rencontrés pendant processus d’élaboration de la feuille de route ont pu être relevés avec forces et engagement

Le partenariat a également été conçu avec une volonté forte de partager et de mutualiser les informations. Il ne s’agit pas seulement de définir  la feuille de route d’ALIMA, mais de participer globalement au défi de la transition climatique. C’est pourquoi il a été privilégié de partager les méthodes et les solutions plutôt que de considérer la décarbonation comme seule fin en soi (ou comme un objectif final à atteindre).

Travailler avec ALIMA, en tant que premier partenaire nous permet de lancer un processus similaire avec d’autres organisations : l’enjeu n’est pas seulement la décarbonation mais aussi et surtout l’accélération de l’action climatique ; enjeu qui nécessite la participation de tous.

Les résistances rencontrées chez les managers (ou responsables d’équipe) sont essentiellement dues aux manques d’information et de compréhension concernant les enjeux et les objectifs climatiques fixés par l’organisation. Elles sont également renforcées par les changements au quotidien qu’ils génèrent notamment au niveau des habitudes de travail, de l’organisation et de la gestion des priorités. La valeur ajoutée du Climate Action Accelerator est forte car, grâce à un partenariat externe solide, on crée parallèlement un levier de mobilisation interne.

Facteurs de réussite

Les engagements envers le processus ont généré une forte mobilisation interne chez ALIMA. La révision de la charte  a été la première étape. Elle a démontré l’engagement du conseil d’administration. Cette implication a lancé favorablement la démarche. Les parties prenantes d’ALIMA étaient ainsi  fortement mobilisées dès le début du processus, et la feuille de route environnementale a pu être élaborée dans les meilleures conditions.

Une enquête, menée sur le terrain, nous a permis d’avoir une meilleure visibilité sur l’empreinte carbone des activités d’ALIMA et les bonnes pratiques déjà en place ; elle a été complétée par une seconde enquête sur les impacts humanitaires et médicaux de la crise climatique et environnementale, principalement sur les populations les plus vulnérables. Une analyse interne des documents et outils existants au sein d’ALIMA a également été réalisée. Les objectifs de ces différentes enquêtes et analyses étaient, au-delà de la compréhension de l’ organisation d’ALIMA, d’identifier  les forces et les opportunités sur lesquelles elle pouvait  s’appuyer pour consolider son approche de durabilité, ainsi que les faiblesses et les menaces qu’elle devait prendre en compte aux niveaux opérationnels et stratégiques.

Par ailleurs, il était important de recueillir les questions et les opinions spécifiquement liées à la mise en œuvre des opérations ou des solutions par les acteurs de terrain.

Pour atteindre le public le plus large possible au sein d’ALIMA, la démarche s’est donc accompagnée d’enquêtes de terrain et de la mise en place d’une plateforme collaborative.

Cette démarche (ou méthodologie) a confirmé que la participation et l’implication du personnel doit être considérée comme une étape fondamentale et décisive au lancement d’un tel projet.

Les défis de la reproductibilité

La difficulté  de l’élaboration d’une feuille de route réside dans la complexité de l’organisation qui s’engage, et dans la nécessité de rassurer les acteurs sur la continuité de leur mission sociale

Par conséquent, le défi consiste à convaincre que l’enjeu de décarbonation ne peut se réaliser qu’à condition de respecter les activités propres de l’organisation, sans porter atteinte à sa mission sociale.

A cet égard, le travail du Climate Action Accelerator avec ALIMA est essentiel dans la mesure où il sert d’exemple: si une organisation peut le faire, alors toutes les autres le peuvent aussi.

ALIMA, en tant que première organisation partenaire, est véritablement un laboratoire de construction de méthodes et la démonstration que des valeurs de conviction et d’exemplarité peuvent conduire à une mise en œuvre plus large.

C’est grâce à cette première expérience avec ALIMA que des méthodes reproductibles, ont été développées.

Les solutions de décarbonation développées dans ce cadre sont elles-mêmes conçues comme un bien commun qui peut être partagé, et leur mise en œuvre par d’autres ne peut que les enrichir en les incluant  dans une démarche  d’amélioration continue.

La construction de la feuille de route de toute organisation est un processus itératif : d’une part, nous apprenons en faisant, et d’autre part, nous nous adaptons en permanence à la réalité pour obtenir le résultat souhaité.

Il y a également un équilibre à trouver entre l’obligation de fournir des moyens et l’obligation de respecter l’activité. Cet équilibre dépend de l’organisation qui adhère au mouvement (ou qui s’engage dans ce défi).

Par exemple, concernant les opportunités d’amélioration, quel équilibre établir entre les grandes zones d’émission qui doivent donner lieu à une action directe, et les petits pas qui sont pensés davantage  à long terme ? La balance est à trouver entre les actions  à fort impact et celles dans lesquelles le personnel a un rôle majeur, peut-être avec un enjeu moins stratégique, mais avec un véritable potentiel pour accompagner et impacter significativement et favorablement  la culture de l’organisation

Toutefois, pour que certaines solutions à fort impact puissent être mises en œuvre, de petites étapes conduisant à une réduction drastique de la consommation de carbone sont préalablement nécessaires.

Enfin, la feuille de route n’est pas une fin en soi mais un point de départ à deux niveaux :

Pour l’organisation qui l’adopte, elle permet d’engager le plus grand nombre vers un enjeu stratégique commun et partagé

Pour d’autres organisations, en raison de sa reproductibilité, elle montre que l’engagement et les actions concrètes vers la decarbonation sont possibles

Au niveau du Climate Action Accelerator, nous espérons que de nombreuses organisations humanitaires deviendront des agents d’accélération de l’action climatique et un vecteur d’influence et de changement dans leurs écosystèmes. C’est, selon nous un facteur clé de réussite.

François Delfosse & Cédric Martin, chargés de l’élaboration des feuilles de route et des solutions, Climate Action Accelerator.

 

Crédit photo © John Wessels/ALIMA, Democratic Republic of the Congo, 2017.